Archives mensuelles : septembre 2016

L’Europe mésopotamique

Si l’on regarde les choses depuis 5000 ans en arrière, on trouve entre la Mésopotamie, l’Océan Atlantique, et la Méditerranée, le siège d’une zone aux constants allers-retours.

Cette zone a vu naître plusieurs façons d’écrire, une façon de compter, une forme d’agriculture, une religion, la religion du livre, qui a plusieurs branches, judaïque, chrétienne ou musulmane, et même vu naître la laïcité. Elle a vu naître des armées, a connu des guerres puniques, des croisades, des guerres napoléoniennes, des découpages coloniaux, des djihads.

Ce monde a vu arriver le papier inventé par les Chinois, des légumes venus des empires  Inca ou Aztèque (maïs, tabac, tomates, pommes de terre), une science et des inventions développés par les habitants de la méditerranée (almanachs, alchimie, astronomie, algorithmique, algèbres).

Cette zone correspond à une superficie proportionnelle à celles du Canada, des Etats-Unis, du Brésil, de l’Inde, de la Chine, ou de la Russie (voir carte ci-dessous), qui sont des pays, des nations. Elle contiendrait autant d’états qu’il y a d’états aux Etats-Unis, environ une cinquantaine.

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Le Canada superposé à la zone Europe-Mésopotamie

En fait, elle rentre peu ou prou dans les limites du Canada actuel. La distance entre Dublin et Téhéran est la même que celle entre Vancouver et Saint-Pierre-et-Miquelon* (4800 km environ). La densité de population est bien entendu plus élevée, par rapport au Canada d’un facteur situé entre 2 et 3 fois.

Les Etats-Unis et le Canada actuels ont en partie été fondés, comme la Russie, sur des utopies axées sur l’organisation d’une vie communautaire, plus proches du partage que de la propriété privée**. Ces trois pays sont en effet constitués à partir de gros programmes de colonisation, organisés depuis les pays scandinaves et anglo-saxons, au 10 ème siècle pour la Russie, et au 17ème siècle pour les USA et le Canada.

Une Europe mésopotamique, cela donnerait : une bonne centaine de langues, 3 ou 4 religions, pas mal de fuseaux horaires, quelques alphabets…

Au delà des Alpes, nos racines sont quelque part au Moyen-Orient. La guerre est là depuis 5000 ans, des génocides ont lieu. Il y a eu des tyrans et des dictatures dans tous les pays. Mais il y a quelque chose de nous là bas, et quelque chose de là-bas ici. Par exemple, Alep est parmi les villes d’origine de notre alphabet, le A venant du nom de cette même cité.

* Saint-Pierre-et-Miquelon est culturellement canadien, et administrativement français.

 

Le sport

Le sport est une invention lente, et pour ainsi dire continue, qui a pris forme au cours du 19 ème siècle.

Jusque là, des activités ludiques comme le jeu de paume, l’escrime, la soule, la chasse, étaient dans la famille des « desports« . Ces activités étaient parfois en relation avec les entraînements militaires, mais elles étaient aussi parfois des jeux, plongeant leurs racines jusqu’aux jeux de Rome, ou d’Athènes. La lutte, les combats, les jeux de forces, étaient ainsi des activités populaires, souvent liées à des paris. La boxe fut le premier sport à être organisé, en Angleterre, pour diminuer la violence dans les rues londoniennes.

Les universités britanniques et d’Amérique du Nord, ont ensuite organisé une réflexion sur l’ensemble de ces activités, et dans le cadre d’une utopie pacifique et universelle, ont cherché à structurer des matchs.

D’autres peuples ont inspiré et nourri ces réflexions. La crosse était connue par les indiens, par exemple. De nombreux peuples ont leurs jeux traditionnels de lutte ou de jeux de force. Les universités et les colleges britanniques ou américains, ont quant à eux pour tradition de laisser une partie du temps d’enseignement aux activités physiques, et l’invention de règles, la structuration des jeux, étaient quelque chose de traditionnellement très bien vu; si ce n’est de très conseillé, par les encadrants des élèves.

Ainsi naquirent les sports: football, rugby, tennis, boxe, cricket, athlétisme ‘moderne’ pour l’Angleterre, volley-ball, basket-ball, hockey-sur-glace, base-ball, pour les Etats-Unis, håndbold pour le Danemark, ski moderne pour la Norvège.  La natation, elle, serait directement issue du monde romain. Le basket-ball et le hockey-sur-glace, au passage, ont exactement la même structure de jeu, mais sur des surfaces différentes.

La pratique de ces sports contient des références à l’armée, mais elle renvoie aussi, dans sa modernité, à d’autres références liées à la société: les sports comportent des règles qui sont censées organiser le contenu des rencontres, et partant, la société. Cette organisation porte une utopie éducative, et par là de paix universelle.

Les terrains sont limités, et le principe des stades déjà connu par grecs et romains est reconduit. Le lourd héritage des jeux gréco-romains se retrouve d’ailleurs parfois dans le monde du sport, notamment par la comparaison des joueurs avec des guerriers, voire des gladiateurs. Pourtant, le sport ne veut pas être de cette nature. Les lois de la nature sont aussi associées à la philosophie des sports, par exemple par le principe des saisons, l’acceptation  des éléments climatiques comme le vent, la pluie.

Au sein des terrains, et durant les parties de sports collectifs, des systèmes de zones se ferment et s’ouvrent, ce qui demande de l’adaptation à l’ensemble des joueurs. Les sports collectifs sont donc exigeants en repérage collectif, et le but de ce collectif n’est pas de tuer, si ce n’est en marquant des points.

Les championnats, aux origines, sont des rencontres amicales, et les clubs anglais, notamment, sont avant tout des lieux de rencontre, de sociabilisation, voire de réflexion. La géopolitique a pu avoir un rôle lors de grands championnats, et parfois, le sport a pu remplacer la guerre.

  • Repères: le sport français est à tel point différent du sport anglo-saxon, que le terme « pool », qui désigne le « groupe » d’équipes qui doivent se rencontrer dans une saison d’un championnat donné, a été traduit dans les médias par « poules » en français, qui correspondent en toutes saisons à notre emblème national, le coq.
  • Dans le même registre, le mot « record » signifie enregistrement (dans le cas d’une performance exceptionnelle).
  • Le haka, chant de guerre tribal: (le plus baby des hakas).
  • L’ultimate freesbee est un exemple de sport organisé, peu à peu, à partir d’un jeu on ne peut plus informel avec un objet de la vie quotidienne: le lancer de moules à tartes. Officiellement créé en 1970, l’Utlimate prend aujourd’hui son essor sur toute la planète, en véhiculant les valeurs du sport olympique.
  • le dernier avatar du sport est « esport« , avec e comme éléctronique. C’est le sport numérique, dont les principaux effets sont de développer concentration et sang-froid, sans atteindre l’organisme, ce qui est un défaut du sport, qui use le corps.