Archives mensuelles : mars 2014

La recette (ou la modification du milieu )…

L’agriculture est à l’origine une modification du milieu par l’homme pour mieux vivre. Dans ce contexte, se sont développées des méthodes et des techniques, qui se sont transmises dans le temps (héritage, traditions), et dans l’espace (la roue, le soc de charrue).

 Les méthodes s’inventent au cas pas cas, et elles peuvent se transmettre et évoluer avec le temps. Le challenge est de garder un équilibrage pour que cela ne devienne pas un bouleversement complet des conditions de vie, que ce soit localement, ou globalement.

La recette est à recommencer tout le temps, alors que les conditions évoluent dans le temps :

– les ingrédients changent : le sol, les saisons, les plantes locales ou importées, par les réseaux d’échange.

– le cuisinier change : c’est le paysan, avec ses connaissances, ses envies, ses relations, son héritage…

– le personnel change : traditionnellement c’est la famille qui entoure le paysan. Sur 3 générations, les connaissances se transmettent, et la main d’oeuvre peut aider.

– la « cuisson » change : selon les latitudes et les saisons, les conditions de chaleur, d’arrosage, le relief, sont modifiées…

La question du dosage et du timing entre aussi pour beaucoup dans la réussite de la recette. Cette recette donne un aliment pour nourrir la terre, et permet de perpétuer l’équilibre du milieu. Le miracle de la réussite n’est pas permanent. La même démonstration fonctionne d’ailleurs assez bien avec la médecine, si ce n’est que c’est plutôt dans les moments où l’on répare les dégats…

…l’ultime difficulté à ce stade est de devenir commerçant. Et là l’agriculture devient un marché…

A noter : Agricultures Singulières (IRD)

Territoire et réseau : un « cycle »… de connaissances ?…

Dans Terre des Hommes, le grand aviateur et poète Antoine de Saint-Exupéry, donne une lecture de ce que font les hommes sur terre.

« La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle. Mais, pour l’atteindre, il lui faut un outil. Il lui faut un rabot, ou une charrue. Le paysan, dans son labour, arrache peu à peu quelques secrets à la nature, et la vérité qu’il dégage est universelle. »

Terre des hommes, pp 7-8

Comment l’humain fait-il pour se découvrir ? Il se confronte avec la terre, avec l’obstacle. Etre sur Terre, c’est un peu faire son territoire. On le construit à partir d’outils, de connaissances, qui l’aident à mieux s’organiser pour exister.

Parmi ces outils, l’avion, dont il se sert pour ses trajets avec la compagnie Aéropostale, peut donner une vue d’ensemble.

« De même l’avion, l’outil des lignes aériennes, mêle l’homme à tous les vieux problèmes. »

[…] « Il faut bien tenter de se rejoindre. Il faut bien essayer de communiquer avec quelques-uns de ces feux qui brûlent de loin en loin dans la campagne. »

D’entrée, le cerveau des hommes lui-même est un réseau, réseau de neurones qui sont activés par impulsions électriques par les synapses qui les assemblent. Mais dans ses mêmes lignes, Antoine de Saint-Exupéry donne incidemment une vue sur la raison des réseaux.  Ceux-là représentent en fin de compte une grosse partie de notre logistique sur Terre. L’avion est un moyen de déplacement, et un moyen de communication, parmi quelques autres. Le pilote vit son trajet : des points de repères, des ajustements du cap, des comparaisons avec ce que l’on connait déjà, ou ce que l’on vous a dit… Une construction progressive en chemin, qui apporte des souvenirs racontables, transmissibles… Construction qui lui sera utile dans l’organisation de son territoire. Ainsi le territoire et le réseaux sont la matérialisation d’un cycle qui construit l’humain, par apprentissage, déplacements, constructions, échanges… Ce cycle se renouvelle, et continue à se construire avec les connaissances que l’homme se fait au fil des temps.

Saint-Exupéry : Terre des hommes – Ed. Gallimard – 1939 – pp 7-8

La soule

Les collectivités locales encadrent très fortement les activités sportives, de leurs habitants.

Stades, piscine, sponsoring, éducation, une trés grosse partie de ces aspects de notre vie sont assurées par le domaine public.

En revenant un peu sur les racines du sport on peut comprendre comment le sport et les territoires, au sens non politique du terme, mais physique, sont liés par un lien quasi organique.

Des sports comme le rugby, le football, le foot US, le foot australien, le football gaélique, la crosse canadienne, le handball (qui il y a un siècle se jouait à 11 sur de grands terrains en extérieur, en Allemagne), sont des héritiers de la soule.

La soule se jouait avec une vessie de porc, ce qui a sans doute une symbolique, autant qu’un aspect pratique. Les parties se disputaient sur des terrains ouverts, aux limites très peu définies, entre des équipes venant de deux villages différents

Les équipes devaient apporter le « ballon », à un endroit donné, par exemple une mare, un bosquet. Le geste du rugbyman faisant une passe, reste le même que celui du semeur dans son champs après le labour.

Peu à peu, les champs se sont réduits, les règles se sont affinées, et les matchs se sont faits sur des terrains.

Lesquels sont devenus des stades, qui pour certains sont même vus comme des « temples ». Les sites originels de ces stades datent de plusieurs décennies, parfois plus. Certaines parties des villes sont organisées autour des ces stades. Il s’agit souvent de zones semi-périphériques, pas toujours intégrées à l’urbanisme, rarement au centre des villes… avec un problème de stationnement toutes les deux semaines pendant deux heures, où les riverains sont envahis de voitures…

En tout cas, le lien entre le territoire et les activités sportives de loisir, ou professionnelles, est tout à fait réel. Aujourd’hui, les territoires gardent surtout une vue administrative sur la pratique sportive, en visualisant le sport sur des aspects de sponsoring, d’éducation, de promotion du territoire, de promotion d’entreprises locales… voire sur des aspects administratifs, puisque les équipements sont très souvent publics.

Le lien organique est un peu perdu de vue, avec par exemple le ballon de rugby qui est aujourd’hui en matière synthétique… Les sports « outdoors », c’est à dire hors système administratif se développent, souvent pour retrouver ce lien avec la nature (grimpe, vtt, ski(s), randonnées,…). Ils sont aujourd’hui bien recadrés au sein des fédérations, et donnent lieu à des championnats d’un niveau élevé. Mais d’autres sports allant dans cette recherche du contact avec le milieu, comme le wingsuit, prennent aujourd’hui le relais.

* Voir cette définition du mot Courage dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

* Dans cette même encyclopédie, voir la définition du Jeu de la Sole ou Soule